Donnez-moi ce matin, ces heures
encore du petit matin
quand tout commence, donnez-moi, je vous prie,
ce mouvement léger des branches,
un souffle, rien de plus,
et que je sois comme quelqu’un
qui se réveille dans le monde et qui ne sait
ni ce qui vient ni ce qui va
mourir, donnez-moi
juste un peu de ciel, ou ce caillou

Claude Esteban* Le jour à peine écrit 

Seuls les mots les plus simples,
Les plus tranquilles,
Peuvent illuminer l’infini diamant
Du monde, où brillent ce matin
Les larmes d’un enfant
À l’instant de s’endormir
De l’autre côté de la terre.
Elles purifient le temps, rachètent
Les crimes. Il apprend
À ouvrir ses petites mains,
Fête ainsi sa naissance,
Sa fin qui commence à germer.
Il console sans le savoir
Un vieillard abandonné
Au fond d’une autre galaxie.
Le même matin, le même soir.

Jean Mambrino *

Cette mystérieuse circonstance qui fait que les choses de notre passé continuent d’exister
y compris lorsqu’elles sortent de notre vie, et s’épanouissent,
même, en donnant chaque saison de nouveaux fruits, pour une récolte dont nous ne saurons plus rien.

La persistance illogique de la vie.

Alessandro Baricco*

Mario di Girolamo*
Je ne vis qu’une fois mais c’est toujours ailleursJe vis de mille vies. Je meurs de mille mortsdénoue ce que j’ai noué déjoue ce qui me liesorte d’absent présent que vous nommez un homme.
Claude Roy*

Mario di Girolamo*

Je ne vis qu’une fois mais c’est toujours ailleurs
Je vis de mille vies. Je meurs de mille morts
dénoue ce que j’ai noué déjoue ce qui me lie
sorte d’absent présent que vous nommez un homme.

Claude Roy*

L’enfance posée en haut d’une étagère, les ficelles sont trop grosses pour pouvoir l’oublier. Et l’on se demande qui, du gosse ou de l’homme, est le plus pantin.
Des rêves disparus pendent encore au bouts des fils, bras ballants, lèvres pincées pour taire les voyages jamais commencés. La vie manipule les chemins.
Debout, les marionnettes ! Il faut refaire l’aube et sortir de l’ombre des castelets en coupant les cordons liberticides qui entravent votre coeur d’enfant.

Joël Grenier*

Tôt ou tard les temples seront renversés.
Par le fait des barbares, ou par les caprices
de la terre. Mais il te suffira pour être heureux
d’un bol de terre cuite
où recueillir chaque jour ta part
de la précaire beauté du monde,
et d’en partager le saccage avec ton ami
ou l’innocence de ton chien.

Claude Michel Cluny*